Somesthésie
La somesthésie forme un des dispositifs sensoriels de l'organisme.
Catégories :
Système sensoriel - Anatomie humaine par système
La somesthésie (dite aussi sensibilité du corps) forme un des dispositifs sensoriels de l'organisme.
La somesthésie sert à désigner un ensemble de différentes sensations (pression, chaleur, douleur... ) qui proviennent de plusieurs régions du corps (peau, tendons, articulations, viscères …). Ces sensations sont élaborées à partir des informations apportées par de nombreux récepteurs sensitifs du dispositif somatosensoriel, localisés dans les tissus de l'organisme (mécanorécepteurs du derme et des viscères, fuseaux neuromusculaires des muscles, fuseaux neurotendineux des tendons, plexus de la racine des poils …)
La somesthésie est le principal dispositif sensoriel de l'organisme humain. La stimulation du corps est un besoin essentiel. On peut vivre en étant privé des autres dispositifs sensoriels (cécité, surdité, agueusie ou anosmie), mais par contre la privation des stimulations somesthésiques provoque des troubles psychologiques, majeurs et irréversibles.
Développement
La somesthésie est le premier dispositif à être fonctionnel au cours de la vie fœtale.
Le développement des différents récepteurs débute dès la 7e semaine de gestation dans la région péri-buccale, il est achevé pour la totalité de la surface cutanée et muqueuse à la 20e semaine, selon une progression céphalo-caudale[1]. Les ganglions rachidiens et les faisceaux, gracile et cunéiforme, se développent à partir de la 8e semaine, le noyau cunéiforme à partir de la 9e semaine[2].
Le dispositif somatosensoriel devient alors progressivement fonctionnel à partir du 3e mois de gestation.
Récepteurs somesthésiques
La détection de l'information se fait grâce à des récepteurs constitués de neurones sensitifs périphériques dont le corps cellulaire est localisé dans les ganglions spinaux (ou le "ganglion de Gasser" pour la sensibilité du visage).
Les récepteurs de la somesthésie sont nombreux et spécialisés[3] :
- Terminaisons libres : nocicepteurs (douleurs) et thermorécepteurs (chaleur et froid), situés dans la majorité des tissus.
- Disques de Merkel : mécanorécepteurs (pression légère), situés à la base de l'épiderme.
- Plexus de la racine des poils : mécanorécepteurs (mouvement des poils), situés à l'intérieur et autour des follicules pileux.
- Corpuscules de Meissner : mécanorécepteurs (pression légère, toucher discriminant, vibration de basse fréquence), situés dans la peau glabre (en particulier des lèvres, des mamelons, des organes génitaux externes, du bout des doigts, et des paupières).
- Corpuscules de Krause : mécanorécepteurs, situé dans le tissu conjonctif des muqueuses et de la peau glabre près des orifices (lèvres).
- Corpuscules de Pacini : mécanorécepteurs (pression intense, vibrations de haute fréquence), situés dans les tissus sous-cutanés (périoste, mésentère, tendons, ligaments, capsules articulaires).
- Corpuscules de Ruffini : mécanorécepteurs (pression intense et étirement), situés dans la profondeur du derme, l'hypoderme et la capsule articulaire.
- Fuseaux neuromusculaires : mécanorécepteurs (étirement des muscles), situés dans les muscles.
- Fuseaux neurotendineux : mécanorécepteurs (étirement des tendons), situés dans les tendons.
Tous ces récepteurs, à partir de l'état des tissus de l'organisme, participent à l'élaboration des différentes sensations corporelle tactiles, thermiques, proprioceptives, kinesthésiques et nociceptives.
Transmission du signal somesthésique
Les stimuli détectés par les récepteurs somesthésiques sont ensuite transmis par les nerfs dans la mœlle épinière, le tronc cérébral et le cerveau. Les nerfs somesthésiques sont regroupés en faisceau, selon leur rôle et de leur origine (faisceau spino-vestibulaire, faisceau spino-thalamique …).
À noter que le dispositif somesthésique est l'unique dispositif sensoriel ayant des projections, fréquemment directes, sur la totalité du névraxe : mœlle épinière, substance réticulée mésencéphalique et diencéphalique, thalamus, hypothalamus, dispositif limbique, cervelet et cortex cérébral reçoivent des afférences somesthésiques[2].
Ces nombreuses projections expliquent les effets physiologiques et comportementaux majeurs produits par les stimulations somesthésiques (voir la section Importance physiologique et psychologique).
Voies ascendantes
On peut distinguer plusieurs voies, toutes organisées sur un modèle à trois neurones et comportant une synapse au niveau du thalamus.
Voies lemniscales
Voie des colonnes dorsales
La voie des colonnes dorsales véhicule la sensibilité vibrotactile (du tact fin) et proprioceptive consciente.
Le neurone sensitif du ganglion spinal arrive dans la mœlle épinière par le contingent médian constitué de fibres myélinisées de gros calibre (surtout Aβ). Une fibre ascendante se projette dans le bulbe rachidien du tronc cérébral et fait synapse avec un deuxième neurone. Il y a décussation à la base du bulbe de ce neurone secondaire qui emprunte ensuite le lémnisque médian jusqu'au thalamus où s'effectue une deuxième synapse dans le noyau ventro-postéro-latéral (VPL). Un troisième neurone se projette ensuite dans la quatrième couche du cortex cérébral, au niveau de l'aire somesthésique S1 (située en arrière du sillon central).
Voie néo-spino-thalamique
La voie néo-spino-thalamique véhicule la sensibilité thermique, la sensibilité tactile grossière mais aussi de la douleur.
Le neurone sensitif du ganglion spinal arrive dans les lames III, IV et V de la substance grise de la mœlle épinière par le contingent médian constitué de fibres myélinisées de gros calibre (surtout Aβ). Dans la mœlle a lieue la première synapse. Après décussation, le neurone secondaire remonte jusqu'au noyau VPL du thalamus via le dispositif antéro-latéral où s'effectue une deuxième synapse. Un troisième neurone se projette ensuite dans la quatrième couche du cortex cérébral, au niveau de l'aire somesthésique S1 (située en arrière du sillon central).
Voie extra-lemniscale
Voie paléo-spino-thalamique
La voie paléo-spino-thalamique véhicule principalement des messages douleureux.
Le neurone sensitif du ganglion spinal arrive dans les lames I et II de la substance grise de la mœlle épinière par le contingent latéral constitué de fibres amyélinisées (fibres C) et de fibres myélinisées de petit calibre (fibres Aδ). Dans la mœlle a lieu la première synapse. Après décussation, le neurone secondaire remonte jusqu'aux noyaux parafasciculaire et centre médian du thalamus où s'effectue une deuxième synapse. Un troisième neurone se projette ensuite dans la quatrième couche du cortex cérébral, au niveau de l'aire somesthésique S1 (située en arrière du sillon central), dans le cortex frontal etc.
Intégration des messages somesthésiques
Les signaux somesthésiques sont traités à l'ensemble des niveaux du dispositif nerveux :
- Mœlle épinière : connections des nerfs sensitifs avec les nerfs moteurs, pour organiser les réflexes moteurs (retrait à la douleur, extension croisée …).
- Substance réticulée mésencéphalique et diencéphalique : augmentation de l'attention lors de la détection de stimuli corporels.
- Thalamus : premiers traitements cognitifs et distribution des informations somesthésiques dans le cerveau.
- Hypothalamus : intégration des stimuli somatosensoriel dans le contrôle neurœndocrinien et hormonal.
- Dispositif limbique : intégration des stimuli somatosensoriel dans les émotions.
- Cervelet : intégration des stimuli somatosensoriel dans le contrôle de l'équilibre et de la motricité.
- Cortex cérébral, traitement conscient des informations tactiles dans l'homoncule sensitif
Ces nombreux et différents traitements sont à l'origine des différentes sensations corporelles et de plusieurs fonctions spécialisées :
- Baroception : détection de l'état de la pression artérielle.
- Viscéroception : détection de l'état des viscères.
- Proprioception : détection de la position des articulations et du corps.
- Kinesthésie : détection des mouvements des articulations et des organes internes.
- Thermoception : détection de la chaleur et du froid.
- Nociception : détection de l'altération d'un tissu de l'organisme.
- Tact : détection des stimulations de la peau.
Toutes ces fonctions sont principales pour la survie des mammifères.
Importance physiologique et psychologique
Toutes les observations montrent que les stimulations somesthésiques, qui ont des effets physiologiques, psychiques et comportementaux, semblent être une véritable obligation développementale et fonctionnelle chez les mammifères[4].
Chez les primates, la suppression des stimuli somesthésiques, surtout durant l'enfance, provoque de nombreux troubles psychiques et comportementaux (cf. les expériences classiques d'Harry F. Harlow avec des macaques rhésus privés de contacts physiques durant les six premiers mois postnataux).
Chez l'Homme, la suppression des stimuli somesthésiques, avec la suppression des stimuli vestibulaires, est probablement le facteur principal à l'origine du syndrome d'hospitalisme[5] et du nanisme psychosocial : croissance retardée, développement psychomoteur et intellectuel perturbé, tristesse, inhibition motrice ou agitation, auto-agressivité et balancement compulsif[6].
De plus, les résultats d'une étude comparative entre plusieurs sociétés préindustrielles semble montrer que la privation des stimuli somesthésiques à caractère hédonique (privation des plaisirs somatosensoriels) provoquerait, directement et indirectement, des effets comportementaux et sociaux négatifs : probabilité de sévices physiques et d'un faible niveau d'affection envers les enfants, probabilité d'un statut inférieur de la femme, probabilité de guerre, de torture et d'esclavage et probabilité d'activité religieuse avec des divinités plutôt cruelles et agressives[7].
À l'opposé, la stimulation régulière du dispositif somatosensoriel produit de nombreux effets positifs, tant physiologiques, psychiques que comportementaux. A titre d'exemple, on observe chez le nourrisson : un gain pondéral de 47%, avec la même quantité de nourriture ; une augmentation des performances d'orientation du corps et d'activité motrice ; une diminution de la durée d'hospitalisation, dans le cas de pathologies péri-natales. Et chez l'adulte, une meilleure capacité cytotoxique du dispositif immunitaire ; une diminution des hormones du stress (cortisol et noradrénaline) ; une diminution du niveau d'anxiété ; une diminution de l'état dépressif ; une augmentation de la qualité du sommeil ; un meilleur niveau attentionnel et cognitif ; une facilitation de l'attachement interpersonnel[8], [9], [4], [10] …
Enfin, à un niveau plus général, on observe que les primates sont des animaux de contact (ils stimulent continuellement leur dispositif somatosensoriel), et que la somesthésie est un facteur majeur de l'affection[5], de la sexualité[11] et de la socialisation.
Toutes ces données montrent que les fonctions et l'importance du dispositif somatosensoriel sont globales, majeures et principales dans la dynamique physiologique et psychologique de l'être humain.
Notes et références
- ↑ LECANUET J. P., GRANIER-DEFERRE C., SCHAAL B. Continuité sensorielle transnatale. in POUTHAS Viviane, JOUEN François. Les comportements du bébé : expression de son savoir ? Mardaga, Liège, 1993.
- WILLIS W. D., COGGESHALL R. E. Sensory mechanisms of the spinal cord, Plenum Press, NY, 2nd edition, 1991.
- ↑ MARIEB Elaine N., Anatomie et physiologie humaine, De Bœck Université, Bruxelle, 2e édition, 1993.
- MONTAGU A. The skin, touch, and human development. Clinics in Dermatology, 2/4 :17-26, 1984.
- SPITZ R. Hospitalism. An inquiry into the genesis of psychiatric conditions in early childhood. Psychoanalytic Study of the Child, 1 :53-174, 1945.
- ↑ ROUBERGUE Anne. Pour éviter le nanisme psychosocial. Cerveau et Psycho, 3 :56-59, 2003.
- ↑ PRESCOTT James W. : Body pleasure and the origins of violence • Futurist, april, p64-74, 1975.
- ↑ FIELD Tiffany. Massage therapy for infants and children. Journal of developmental and behavioral pediatrics, 16/2 :105-111, 1995.
- ↑ Tiffany Field, Les bienfaits du toucher, Petite Bibliothèque Payot, 2006.
- ↑ LEIDERMAN Herbert P., BABU Béatrice, KAGIA James, KRÆMER Helena C., LEIDERMAN Gloria F. African infant precocity and some social influences during the first year. Nature, 242 :247-249, 1973.
- ↑ (fr) WUNSCH Serge, Thèse de doctorat sur le comportement sexuel [pdf] EPHE-Sorbonne, Paris, 2007.
Bibliographie
- Tiffany Field, Les bienfaits du toucher, Petite Bibliothèque Payot, 2006.
- Ashley Montagu, La peau et le toucher, un premier langage, Seuil, 1979.
- Marc Breedlove, Mark Rosenzweig, Neil Watson, Biological Psychology, an introduction to behavioral, cognitive, and clinical neuroscience, 5e edition, Sinauer Associates, 2007.
Annexes
Liens externes
- Le Touch Research Institute à Miami, aux Etats-Unis.
Recherche sur Google Images : |
|
"somesthésie : sensations" L'image ci-contre est extraite du site schwann.free.fr Il est possible que cette image soit réduite par rapport à l'originale. Elle est peut-être protégée par des droits d'auteur. Voir l'image en taille réelle (394 x 566 - 90 ko - jpg)Refaire la recherche sur Google Images |
Recherche sur Amazone (livres) : |
La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 21/11/2009.
Ce texte est disponible sous les termes de la licence de documentation libre GNU (GFDL).
La liste des définitions proposées en tête de page est une sélection parmi les résultats obtenus à l'aide de la commande "define:" de Google.
Cette page fait partie du projet Wikibis.

Accueil
Recherche
Début page
Contact
Imprimer
Accessibilité